Le gel en question repose sur une molécule d’hémoglobine extraite du ver marin arénicole (Arenicola marina), un petit annélide vivant enfoui dans le sable des plages atlantiques. Contrairement à l’hémoglobine humaine, cette hémoglobine est extracellulaire (hors des globules rouges) et possède une capacité exceptionnelle à fixer et transporter l’oxygène — jusqu’à 40 fois plus que l’hémoglobine humaine. Cela signifie qu’elle peut fournir efficacement de l’oxygène aux tissus même quand la circulation sanguine est altérée.
Cette propriété oxygénante a inspiré une technologie médicale développée par la biotech Hemarina (France) : une molécule nommée M101 intégrée à un hydrogel ou pansement oxygénant (par exemple, le pansement HEMHealing®), qui permet de délivrer de l’oxygène directement sur une plaie ou une zone brûlée.
Utilisations du gel dans les grands brûlés
Améliorer l’oxygénation locale
Lors de brûlures graves (second et troisième degré), les vaisseaux sanguins dans la zone lésée sont détruits, compromettant l’apport d’oxygène essentiel à la survie cellulaire et au processus de cicatrisation. Le gel à base de M101 agit en délivrant de l’oxygène localement, ce qui est crucial pour maintenir la viabilité des tissus et stimuler la régénération cellulaire.
Cas cliniques documentés
Dans plusieurs hôpitaux en France (notamment au Centre Hospitalier Universitaire de Nantes), ce pansement a été utilisé en situation compassionnelle pour traiter des brûlures étendues chez des patients pour lesquels les options classiques étaient insuffisantes.
Un cas clinique publié rapporte l’utilisation d’un hydrogel contenant M101 appliqué sur des brûlures couvrant une grande surface du corps. Résultat : des zones significatives ont cicatrisé sans nécessiter d’excision ni de greffe, alors que, dans une prise en charge conventionnelle, de telles brûlures auraient normalement nécessité des greffes importantes.
Applications dans les greffes et la chirurgie reconstructrice
Faciliter la prise des greffes
L’hémoglobine extraite du ver marin est également étudiée pour améliorer l’oxygénation des greffons de peau ou d’organes, permettant une meilleure survie des tissus transplantés entre le moment du prélèvement et de la réimplantation.
Des dispositifs basés sur cette technologie ont déjà été utilisés dans des greffes complexes, parfois en chirurgie reconstructrice lourde (tissus composites, greffes faciales, etc.), prouvant que M101 n’est pas seulement utile pour les brûlures, mais aussi pour optimiser des procédures chirurgicales délicates.

Où et par qui le gel est-il utilisé ?
- France : Des centres spécialisés dans la prise en charge des brûlés (comme le CHU de Nantes) ont utilisé ce gel en autorisation d’accès compassionnel (utilisation exceptionnelle de produits encore non commercialisés) pour sauver des vies dans des contextes critiques.
- Suisse : Suite à des incidents avec de nombreux grands brûlés, des hôpitaux suisses (par exemple au CHUV à Lausanne) ont décidé d’importer ce gel pour des cas particuliers, en attendant les résultats d’études cliniques plus larges.
- Recherche et essais internationaux : La molécule M101 et les produits qui l’intègrent sont l’objet d’essais cliniques, en Europe et potentiellement ailleurs, pour évaluer leur efficacité et sécurité avant une diffusion commerciale plus étendue.
Bienfaits médicaux observés
Accélération de la cicatrisation
L’un des bénéfices les plus notables est que l’apport d’oxygène favorise une cicatrisation plus rapide et de meilleure qualité, réduisant l’inflammation et les risques de cicatrices hypertrophiques.
Réduction des greffes nécessaires
En améliorant la survie des tissus autour d’une brûlure, ce gel peut réduire l’étendue des zones nécessitant des greffes cutanées.
Compatibilité universelle
L’hémoglobine extracellulaire M101 est compatible avec tous les groupes sanguins, ce qui réduit les risques immunologiques lors de son utilisation.
Est-ce utilisé en chirurgie esthétique ?
Actuellement, non : Ce gel n’est pas employé en chirurgie esthétique de routine pour des interventions comme le lifting, la liposuccion ou la régénération de tissus dans un cadre purement esthétique.
La raison est simple : son utilisation reste clinique et expérimentale, spécifiquement destinée à des cas de cicatrisation difficile, de brûlures graves ou de greffes complexes — situations qui nécessitent une oxygénation locale optimale ou une amélioration de la survie tissulaire. Ces indications sont essentiellement médicales et reconstructrices, pas esthétiques.
Cela dit, la logique d’améliorer la cicatrisation pourrait à terme intéresser certaines chirurgies esthétiques complexes (par exemple après reconstructions post-traumatiques ou lourdes), mais aucune application esthétique standard n’a encore été démontrée ni approuvée à ce jour.
Conclusion
Le gel à base de molécule d’hémoglobine du ver marin représente une innovation majeure en médecine régénérative, apportant :
- Une oxygénation locale des tissus même en l’absence de vascularisation ;
- Un soutien à la cicatrisation des grands brûlés ;
- Une aide potentielle pour la prise des greffes de peau et d’organes ;
- Des bénéfices observés dans des cas cliniques critiques avec des résultats prometteurs.
Pour l’instant, son usage reste médical et expérimental, centré sur des besoins complexes en chirurgie reconstructrice. L’intégration dans la chirurgie esthétique classique n’est pas documentée actuellement, bien que les capacités cicatrisantes du gel puissent inspirer de futures applications.
